La découpe, site officiel, www.ladecoupe.org . info@ladecoupe.org

ZELDA GEORGEL

Une forêt luxuriante sans être tropicale, des arbres noueux, des rochers moussus, le filet d'une rivière. Et comme une apparition féérique autant que dérangeante, un mannequin de vitrine articulé, à la carnation opalescente et à la lourde perruque rousse. Pas encore femme, cependant : membres effilés, seins menus, courbes discrètes. Comme un adieu à l'adolescence. La femme mannequin, artificielle évidemment, semble avoir trouvé son lieu propre, son lieu de vie, oserait-on dire : l'écrin naturel d'une forêt que l'œil, du même coup est invité à regarder plus scrupuleusement. Les mousses et l'eau tourbe en appellent à une perception haptish, les feuillages disent la sensualité printanière, mais les clairs-obscurs, très marqués, ouvrent à de troubles angoisses. Forêt de Brocéliande ? Conte de fées ou mort advenue soudain, dans le secret des bois ?
Le regardeur hésite, troublé maintenant, d'autant qu'à côté des photographies une installation propose un alignement de bocaux transparents qui donnent à voir fins champignons nervurés ou gros bolets, feuilles de chêne et, si l'on s'y attarde quelque peu, la coquille d'un escargot - vivant ? mort ? - et un filet d'eau pure. Soudain le vertige : qu'en est-il du vrai et faux ? Du naturel et de l'artificiel ? De l'apparence et de l'illusion ? Car les champignons, décidément, ne sont-ils pas un peu trop jaunes ici, ou excessivement orangés là ? Et l'on découvre alors que, hormis lesdits champignons qui connotent tout autant l'enfance que les marâtres et les sorcières, tout est « bien vrai », « vivant » Perturbation de la perception, dérangement des habitudes, vertigineuse dialectique de la vérité et de la fausseté.
Tout le travail, délicat et poétique, de Zelda Georgel tourne ainsi autour de la mise en question de la dialectique des contraires : vrai/faux, beau/laid, attirant/repoussant, vivant/mort, pour montrer que tout sans cesse peut se retourner en son contraire, s'échanger, se découvrir autre. Un monde riche de métamorphoses, d'appel aux sens, un monde de secrets aussi, comme l'attestent deux petits « judas » découpés à même le mur et qui convient le regardeur au même voyeurisme que celui suscité par le célèbre Étant donné...de Duchamp, tandis qu'au sol, plus discrètement encore, presque inaperçus, de petits trous laissent deviner la profondeur d'un énigmatique sous-bois.

Dominique Baqué, Art Press, mars 2011


Biographie
Revue de presse
Site de l'artiste
Essence #5, 2007
Photographie couleur contrecollée sur aluminium, sous diasec
Edition de 5
80 x 100 cm et 120 X 150 cm.